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Dimanche 11 janvier 2009

Malheureusement, ni les chômeurs ni les salariés de la nouvelle structure, née de la fusion ANPE-Assedic, ne sont concernés. Seul le patron, Christian Charpy, touche le jackpot.

Le "Pôle Emploi", né ce 1er janvier, ne fait pas que des malheureux. Certes, la mise en place de cette nouvelle structure a été saluée par les salariés, qui se sont mis en grève au cri de "Ras le pôle" ! Mais son patron Christian Charpy, ex-directeur de l'ANPE, a, lui, des motifs de satisfaction. Ce haut fonctionnaire, qu'un décret présidentiel du 19 décembre a nommé directeur général du Pôle Emploi, a bénéficié, au passage, d'une gentille augmentation de 20%.

Concrètement, cet ancien conseiller social de Raffarin percevra 275.000 € brut par an. Contre un famélique traitement de 230.000 € que lui consentait l'ANPE. Soit 45.000 € de mieux. Et autant, à quelques centimes près, que le Premier ministre…

Autres gros veinards, les quelque 30.000 anciens salariés de l'ANPE se sont vu attribuer une plantureuse prime de 300 €, tout juste cent-cinquante fois moins que l'augmentation de leur nouveau patron. De quoi créer tout de suite une saine ambiance, et un climat social apaisé.

Guichet inique

Christian Charpy semble être un spécialiste de la gestion des ressources humaines. Lorsqu'il était à la tête de l'ANPE, un rapport de la Cour des comptes daté du 6 février 2008 avait révélé que "le montant des traitements des personnels fonctionnels de la direction (dont Charpy lui-même) a crû rapidement. Par rapport à 2005, leur masse indiciaire est en hausse de 14% et leur indice moyen de 7%". Sans compter les primes et, ajoutaient les magistrats de la Cour, "sans base réglementaire".

Le ministère de l'Économie, dont dépend le nouveau Pôle Emploi, jure au Canard que la rémunération de Charpy "n'est pas définitive" et sera modulée en fonction "de ses résultats". Quand à l'intéressé, il répond au Canard que, désormais, il "ne fait pas le même boulot" qu'à l'ANPE. C'est exactement ce que disent les 45.000 employés venus de l'ANPE et des Assedic qu'il a maintenant sous ses ordres !

"Merci pour les cacahuètes", ricane un agent du Val-d'Oise. Un autre : "Il n'est pas très généreux, Popôl". C'est en effet le petit nom que lui ont trouvé des salariés facétieux.

Sarko avait répondu par avance à ces conservateurs indécrottables lors de son discours à Rethel, le 28 octobre : sa réforme est destinée à faciliter la vie des chômeurs, qui n'auront plus à se présenter deux fois à un guichet, et donc plus à dire deux fois bonjour, à remplir deux fois un dossier, etc. Ce qui n'est pas forcément une mauvaise idée. Sauf que ce sont deux fonctions différentes et même opposées qui sont ainsi confondues. D'un côté, l'assurance qui indemnise celui qui a cotisé. De l'autre, la puissance publique qui aide, contrôle et sanctionne. Pour le moment, cet immense désir de faciliter la vie des sans-emploi se résume à un numéro de téléphone unique, le 3949. Concrètement, le chômeur qui a besoin d'aide n'appelle plus son "conseiller référent" habituel de l'ANPE du coin, mais s'adresse à une "plateforme" téléphonique régionale. Un demandeur du Val-d'Oise peut ainsi tomber sur un spécialiste du marché de l'emploi à Versailles. Lequel ne saura pas forcément que le RSA est appliqué à Argenteuil, mais pas dans toutes les communes du département.

Portefeuilles trop garnis

Encore un drame de l'incommunicabilité ! Le gouvernement offre une belle réforme aux personnels de l'ANPE et des Assedic, mais ceux-ci s'obstinent à réclamer des moyens : 95.000 demandes d'allocation de chômage attendent d'être traitées, faute de personnel. En Ile-de-France, certains chômeurs poireautent depuis six mois.

Quant aux employés des Agences pour l'emploi, ils ont cru à une bonne blague lorsque, début décembre, Christine Lagarde a promis que chacun d'entre eux n'aurait jamais plus de 60 chômeurs "en portefeuille". En Seine-Saint-Denis, par exemple, chaque conseiller traite en moyenne 200 demandeurs d'emploi. "Certains portefeuilles frisent les 300 dossiers personnels", constate une employée. Du coup, les fameux "entretiens individuels" deviennent collectifs. Plusieurs dizaines de chômeurs de banlieue sont convoqués ensemble pour ces bilans personnels pendant lesquels chacun est invité à déballer sa vie (professionnelle).

Faute d'emplois à offrir, les rédacteurs de plusieurs agences demandent à leur personnel de privilégier les chômeurs les plus récents. Quant à ceux qui sont inscrits depuis plus d'un an, il est recommandé de ne pas les proposer aux entreprises… Il ne reste plus qu'à essayer l'euthanasie !


Jérôme Canard pour Le Canard Enchaîné du 7/01/09

Par CNE FO ANPE - Publié dans : La FUSION ANPE / UNEDIC
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